Groupe d'Organisation Nationale de la Guadeloupe
La résistance à l'oppression est un droit naturel
L. DELGRES
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LA CHARTE DU GONG
Juin 1963
Ces dernières années écoulées ont vu l'effondrement quasi général du système colonial dans le monde. Avec l'accession de l'Algérie à l'indépendance, après la libération des pays de l'Afrique Noire, l'empire colonial français s'est presque évanoui.
Tout près de la Guadeloupe, le renversement de la dictature sanglante de Batista par le glorieux peuple cubain, la transformation de Cuba en un état libre et socialiste, l'accession des Antilles sous domination britannique à l'autonomie et à l'indépendance a ouvert la voie au mouvement de décolonisation au sein même de la Caraïbe.
Les ex-colonies, fortes de leur dignité et de leur souveraineté retrouvées, sont entrées avec enthousiasme dans la voie de leur développement économique et social, bénéficiant de l’aide des autres états plus développés ou des organismes internationaux. Ces nouveaux États jouent sur le plan international un rôle dont l'importance n'échappe à personne.
Cependant, la Guadeloupe, ainsi que les quatre autres «départements d'Outre-mer», continue à subir le joug colonial français.
Les adaptations successives apportées à la politique dite d’assimilation ne peuvent plus masquer cette évidence. C'est pourquoi, le colonialisme français, dans un dernier sursaut de nostalgie, essaie de tout mettre en œuvre pour conserver ce dernier carré de la colonisation.
Malgré tout, il s'est développé durant ces dernières années, un véritable courant pour l'autonomie dans tous les milieux guadeloupéens. Mais ce courant n'a pu jusqu'à présent constituer une force organisée capable de briser le joug colonialiste.
Les faiblesses du mouvement autonomiste sur le plan pratique résultent du fait que l'élite politique n’a pas été capable de s'unir pour offrir des perspectives claires et nettes au peuple, que les partis politiques existants n'ont pas su toujours se dégager de la gangue électoraliste et des habitudes importées par la domination française et envisager hardiment l'avenir et enfin parce que le travail systématique et nécessaire d'éducation et d'organisation des masses n’a pas été convenablement fait. Tout cela s'explique par le fait que la question de la libération politique de la Guadeloupe ne s'est jamais posée comme une lutte évolutive de libération nationale.
L'analyse objective de toutes ces considérations eut au cours des deux années écoulées pour conséquence d'insuffler aux différents courants autonomistes qui sporadiquement se manifestaient dans la capitale française un enthousiasme nouveau, générateur d'objectifs bien définis et de moyens de lutte inédits. Ce fut donc dans l'euphorie générale que naquit ce qu'il était convenu d'appeler le Front Antillo-Guyanais. Cependant l’objectivité nous commande d'affirmer que, l'impossibilité pour cette organisation de se relever d'une part, à la suite de la mesure de dissolution qui la frappait et de se développer d'autre part, découle de l'esprit de clocher voisin de l'autoritarisme qui présidait aux décisions essentielles, d'un manque de structuration organique, et enfin de divergences idéologiques sur la conception même du devenir respectif des pays intéressés.
Si les tâtonnements et les indécisions étaient inévitables en fonction même des conditions dans lesquelles le problème de l'autonomie se trouvait et se trouve encore posé leur perpétuation pourrait, à très brève échéance, plonger la Guadeloupe dans les plus terribles calamités.
Déjà la détérioration cumulative de la situation en Guadeloupe pose de façon non équivoque l'urgence de la mise en place des solutions adéquates. Elle pose en même temps et dramatiquement la nécessité d’une mobilisation générale de tous les Guadeloupéens pour la prise en main du destin de leur pays.
C'est pour toutes ces raisons, et profondément pénétrés du rôle qu'il leur appartient de jouer dans l’évolution de la Guadeloupe, qu'un certain nombre de Guadeloupéens, pour la plupart :